Les effets de sillage

24 Oct, 2022Communication2 commentaires

Les effets de sillages atmosphériques des parcs éoliens en mer

Comme tout obstacle en mer, les éoliennes provoquent par leur présence physique des effets sur les masses d’eau et leur hauteur ainsi que le fait qu’elles tournent influencent les masses d’air, mais également, ce qui est moins connu, les masses d’eau par des « effets de sillages ».

Des conséquences directes et indirectes de la présence physique des éoliennes ; sous l’eau, à l’interface eau – air et dans l’air des « effets de sillages » dus à la rotation des rotors sont étudiées par plusieurs équipes de recherches européennes dont celles de l’institut Hereon qui exploite des données accumulées depuis les premiers parcs éoliens installés en mer du Nord Allemande.

Les différents « effets de sillages » vont être définis dans le corps du texte, mais le premier intuitivement approché est celui qui découle de la perte de charge de puissance du vent.

Chaque éolienne extrait par les rotations de son rotor et grâce aux organes de transformation inclus dans sa nacelle, une part de l’énergie mécanique du « vent » afin de la transformer en énergie électrique.

Les composantes aérauliques

Il existe deux composantes aérauliques liées à cette extraction :

1) L’énergie cinétique extraite de l’atmosphère dont une partie (car il existe de nombreuses pertes de transformation que nous pourrons évoquer dans une note spécifique) est transformée en électricité et ;
2) L’énergie cinétique turbulente dont la nature laminaire est modifiée par les rotations et qui s’écoule par le bord de fuite des pâles.
Ce sont ces turbulences énergétiques qui forment le premier « effet de sillage » connu. Il a été étudié en souffleries et modélisé dès la conception des pâles des premières éoliennes afin d’augmenter leur efficacité d’extraction énergétique du vent.

A l’arrière d’une éolienne se crée « une dépression turbulente » qui peut avoir des conséquences plus ou moins importantes sur les éoliennes qui se suivent dans le parc. C’est pour cela que la géométrie du parc selon les directions dominantes des vents et les distances interéoliennes définissent en partie la rentabilité financière des installations.

Les lignes de transmission

Il n’y a pas que l’étude de la qualité de la ressource locale éolienne qui définit l’emplacement d’un parc, mais aussi la géométrie des « lignes de transmission » qui permet de limiter les coûts d’installation et d’exploitation. C’est aussi pour cela que le gouvernement Français, à la demande des industriels et de RTE veut autoriser par l’entremise de l’application du projet de loi d’accélération des énergies renouvelables l’atterrissement de parcs éoliens et autres EMR en secteurs protégés par la loi littoral au lieu d’utiliser des infrastructures existantes plus coûteuses à raccorder. Comme toujours c’est la rentabilité qui est le guide et non la protection de l’environnement.

A l’arrière de chaque éolienne exposée au vent, une éolienne « extérieure » du parc, se crée donc « une dépression turbulente » qui modifie les charges mécaniques de celle qui est dans son alignement intra-parc sur deux points principaux :

1) Sur la quantité et la qualité d’énergie cinétique que l’éolienne suivante « subira » et sera capable d’extraire, il s’ensuit que selon sa distance à la première éolienne des pertes de production seront plus ou moins importantes, et
2) Sur la cinétique d’usure de la seconde éolienne et des suivantes qui vont être exposées à des flux turbulents puissants alors que la première éolienne l’était à des flux plus laminaire ou en tout cas moins violemment variables. Cette situation a des conséquences non seulement productives pour la seconde éolienne et les suivantes dans l’axe de la première, mais encore les turbulences violentes accélèrent l’usure, voire provoquent, à la longue, un délabrement des nacelles, des pâles et des mâts avec une intensité différentielle ;

  • A l’arrière d’une nacelle, par exemple pour un rotor à 90 mètres de haut, les pertes turbulentes sont d’environ 30 % et selon le diamètre du rotor, le rotor de l’éolienne suivante, même à 1200 mètres de distance peut en subir les effets. Cela d’autant plus avec les derniers modèles. Quand on augmente la puissance des modèles et le diamètre des rotors, les contraintes physiques augmentent également fortement.
  • C’est l’usure « anticipée » des pâles qui est la plus préoccupante (en dehors d’un feu de nacelle qui libère une pollution « majeure » aux terres rares (Néodyme et dans une moindre mesure Praséodyme) et possiblement du Bore)) car les Bisphénols et les époxydes, les matières de charges des matériaux composites sont libérées dans l’environnement.
  • Au niveau des mats, ce sont des phénomènes d’ondes vibratoires qui sont gênants, mais moins importants, sauf peut-être, sous l’eau, pour des mammifères marins et dans l’air pour des oiseaux et des chiroptères (dont des relevés, in situ récents, démontrent leurs déplacements loin des côtes dans les secteurs de parcs éoliens, ce qui est inédit et relance l’intérêt de l’étude de leurs effets et impacts sur des espèces de chauves-souris à haut niveau de protection … et les autres).

Les pieux et les jackets des éoliennes créent des sillages turbulents (aussi vrai sous l’eau, plus forts en cas de courants marins) et des tourbillons de Karman qui sont en partie, compensés par les sillages aériens éoliens, alors qu’à d’autres occasions ces effets peuvent être cumulatifs et augmenter encore les charges énergétiques turbulentes sur les éoliennes de rang supérieur (éoliennes de second rang, de n rang du parc) et le milieu marin.

L’énergie cinétique turbulente créant un « effet de sillage » (déficit d’énergie du vent, différence de pression des masses d’air et turbulence) pose donc des problèmes de rentabilité économique par des « nuisances de fonctionnement » provoquant des pertes de production et une usure anticipée des pâles qui par exemple a contraint Siemens en 2016 à changer plusieurs centaines de pâles d’un seul parc éolien installé seulement deux ans auparavant.

Les dangers liés

Le danger pour les pêcheurs professionnels repose sur l’obligation de Méga-surfaces des futurs parcs éoliens afin que l’augmentation de la distanciation inter-éolienne permette de diminuer les pertes de production et les obligations d’entretien liées à l’usure accélérée des pâles. Nous allons revenir ici sur les « effet de récif, effet d’habitat, effet de réserve et effet de débordement » justifiant d’intégrer les parcs éoliens dans un réseau d’AMP qui sera porté dès le printemps 2023 par le gouvernement malgré les risques accrus directs et indirects d’exposition aux polluants, aux risques physico-chimiques et aux Champs Electro-Magnétiques (CEM).

Ce réseau d’AMP faciliterait l’atteinte du but fixé à la France par ses engagements. Citons Niels Christiansen et Corinna Schrum (2022) : « L’ampleur des changements moyens induits n’indique pas d’effets locaux graves, mais des changements structurels profonds dans le système se produisent« , déclare Christiansen.

« La transformation concernant les courants et le mélange est susceptible d’affecter la production de plancton et la structure du réseau trophique. Par conséquent, cela peut influencer la fonction des aires protégées. Il est donc important de tenir compte de ces conséquences lors du développement de concepts de protection marine », déclare la professeure Corinna Schrum, directrice de l’Institut Hereon ».

Ces déclarations apportent une nouvelle pierre à la connaissance des effets et impacts éoliens dont le nombre, la variété et les effets cumulatifs seront insupportables pour la biodiversité marine. Déjà en 2021 Akhtar écrivait :

« Dès maintenant, la production d’énergie renouvelable offshore en mer du Nord a des impacts substantiels sur les conditions atmosphériques qui s’y trouvent, et ces effets continueront d’augmenter à l’avenir. Les données indiquent que les FTO peuvent avoir un impact sur les animaux marins et peuvent soulever des préoccupations environnementales et climatiques. Étant donné que l’énergie éolienne est l’un des principaux facteurs modulant la productivité et la structure des écosystèmes, les OOF ont le potentiel de devenir des moteurs dominants de l’écosystème et doivent être pris en compte pour la gestion des écosystèmes et l’évaluation des pêches« .

Des questions légitimes

Ces déclarations de chercheurs Allemands de l’Institut Hereon renvoient à un corpus de questions :

  • Pourquoi des changements structurels profonds dans le système se produisent » ?
  • Comment la transformation concernant les courants et le mélange est susceptible d’affecter la production de plancton et la structure du réseau trophique ?
  • Pourquoi cela peut influencer la fonction des Aires Marines Protégées ?
  • Comment les champs éoliens en mer peuvent-ils avoir des impacts substantiels sur les conditions atmosphériques ?
  • Comment pourraient-ils moduler la productivité et la structure des écosystèmes ?
  • Comment auraient-ils le potentiel de devenir des moteurs dominants de l’écosystème ?
  • Pourquoi les prendre en compte dans la gestion des écosystèmes et dans l’évaluation des pêches ?

Nous allons tenter de répondre globalement à chacune de ces questions.

Les préoccupations des recherches initiales sur les premiers parcs éoliens en mer entrés en exploitation commerciale ont porté sur les pertes de production liées à « l’effet de sillage » et les conséquences « érosives et destructrices » de l’énergie cinétique turbulente produite par les éoliennes « d’entrée de parc » sur « les éoliennes successives » vu les impacts majeurs sur leur production et leur durabilité donc sur la rentabilité financière globale des parcs éoliens en mer.

Bien que je n’aime pas les moyennes qui peuvent pondérer abusivement de grandes disparités il est retenu par des chercheurs Allemands que du fait de « l’effet de sillage » cumulé dans un parc éolien :

– Le déficit moyen d’énergie cinétique de « l’effet de sillage atmosphérique » peut s’étendre entre 35 et 70 km en aval du parc en fonctionnement selon différents paramètres liés au parc et à son environnement.

– En fonction de la géométrie du parc, la perte moyenne annuelle de vitesse du vent est entre – 2 et – 2,5 m/s-1. Cela correspond à une perte annuelle de puissance de plusieurs MW. Une moyenne saisonnière atteint – 3 m/s-1.
– La vitesse moyenne du vent aboutissant à la première éolienne est de 8 m/s-1 en été et 10 m/s-1 en hiver ce qui montre qu’environ 40 à 50 % de l’énergie cinétique sont extraits par le rotor avant les pertes de transformation dans la nacelle (courant de Foucault et autres pertes). – (NDLR) Au mieux la vitesse moyenne du vent aboutissant à la seconde éolienne est de 5 à 6 m/s -1 l’été et de 8 m/s-1 l’hiver. – Les déficits de vitesse du vent sont les plus importants au printemps (mars-avril) et les moindres en fin d’année (novembre-décembre).
– L’effet de sillage baisse le Facteur de Capacité (FC) de 20% et plus ce qui augmente nettement les coûts de la production énergétique et les pertes économiques.

Juste une remarque en lien avec ce dernier point, concernant l’opposition de la Belgique à la création du parc éolien de Dunkerque. Peu de chercheurs ont étudié les interactions négatives des « effets de sillages » entre parcs contenus dans une même zone éolienne et encore moins entre zones éoliennes limitrophes de nations voisines.

Le gouvernement Belge peut s’appuyer sur l’Académie Royale des Sciences de Belgique, sur les données enregistrées dans les parcs éoliens en mer situés sur son territoire, tant sur l’effet de sillage que sur des impacts grâce aux suivis environnementaux à long terme.

La zone éolienne Belge qui comprend déjà plusieurs parcs dont la succession est bien orientée afin de profiter au mieux des vents dominants va faire l’objet d’une extension et de l’installation de plusieurs nouveaux parcs. La Belgique considère que la construction d’un Parc éolien à Dunkerque et de ses possibles extensions représente un risque majeur de pertes de production de ses propres parcs qui peuvent aller jusqu’à remettre en cause leur rentabilité financière. On peut estimer les pertes de production de 20 à 25 %.

En effet, les parcs Belges seraient « sous les vents dominants » du parc Dunkerquois et de ses extensions, d’autant plus que la puissance des nouveaux modèles installés dans l’avenir va multiplier l’intensité du déficit moyen d’énergie cinétique turbulente de « l’effet de sillage atmosphérique » du parc Français. Nous avons vu que par conditions « calmes » l’effet de sillage devient nul à 70 km pour les « petites puissances et diamètres de rotors actuels ». Par exemple pour la 5,6 MW étudiée alors que le passage à des 12 MW, voire des 14 MW se fera rapidement et massivement. Vu le gigantisme des futures machines, les Belges ont bien raison de s’alarmer.

Le problème français

Un dernier point, Franço-Français, celui-là. J’ai demandé à mon informateur interne de calculer grossièrement « les surfaces minimales » indispensables à l’édification de 50 parcs éoliens en mer sur les façades maritimes de l’hexagone en tenant compte du fait que cette superficie doit permettre de diminuer drastiquement les conséquences de « l’effet de sillage » tant sur les pertes de production que sur les surcharges énergétiques turbulentes subies par les éoliennes et leurs conséquences.

Il m’a envoyé une estimation que je n’ai pas crue. Il a affiné par deux méthodes mathématiques différentes. Rien n’y fait. Il n’y aura pas 50 parcs éoliens, loin de là sauf à diminuer très nettement le nombre d’éoliennes « surpuissantes » par parc tout en créant « un mur » d’éoliennes flottantes entre 25 et 50 km des côtes dans des zones « forcément interdites à la pêche ». Le gouvernement Français le sait parfaitement c’est pour cela que la voie d’acceptabilité sociétale et compensatoire pour la pêche professionnelle passera par un réseau éolien d’Aires Marines Protégées.

Nous avons vu supra ce qu’en pensent des chercheurs Allemands ; « La transformation concernant les courants et le mélange est susceptible d’affecter la production de plancton et la structure du réseau trophique. Par conséquent, cela peut influencer la fonction des aires protégées.
Il est donc important de tenir compte de ces conséquences lors du développement de concepts de protection marine », déclare la professeure Corinna Schrum, directrice de l’Institut Hereon ».

C’est une arme qu’il est essentiel d’utiliser afin de compléter l’argumentaire anti-AMP éolien. Nous allons tenter de répondre globalement à chacune des questions posées supra.

Déficit de la moyenne annuelle du vent

Les moyens d’étude de « l’effet de sillage » ont d’abord été l’avion puis le SAR auquel ses observations ont été associées et enfin le couple SAR – satellites qui permet des approches complémentaires plus fines des éléments et des modélisations.

Le sillage global est d’environ de 12 km pour un parc de 12 km de large. Il s’affaiblit avec la distance parcourue.

Le déficit le plus élevé de la moyenne annuelle de la vitesse du vent est de – 18% pour le modèle de machines du champ éolien étudié. Le changement de la vitesse du vent s’étend jusqu’à une altimétrie de 500 mètres soit environ 350 mètres au-dessus de la turbine.
Comme attendu, le maximum de la génération d’énergie cinétique turbulente est entre le moyeu à 90 mètres et la pointe des pâles à 153 mètres. Le déficit de vitesse du vent est de 22% au printemps et 28% en été car les conditions sont plus stables. Les impacts sont forts sur la production énergétique des éoliennes suivantes.

Ce déficit de vitesse du vent est plus faible en automne et en hiver où la production d’énergie cinétique turbulente est multipliée respectivement par 3,8 et 3,2. Cela s’explique par l’impétuosité de vents puissants restant sous la vitesse de décrochage. Bien que les déficits de vitesse du vent soient inférieurs et la production d’énergie cinétique turbulente bien supérieure, les fréquences de vents et leurs durées augmentent nettement la production par rapport au printemps et à l’été puisque la vitesse de vent est plus élevée et la stratification instable.

Les multiplications par 3,8 en automne et par 3,2 en hiver de la production d’énergie turbulente à cause de la forte instabilité atmosphérique provoquent, comme on pourrait s’en douter une grande partie de l’usure des pâles et des pertes de production, les effets de sillage les moins longs du fait de l’augmentation importante des turbulences, mais les impacts cinétiques les plus intenses sur l’interface air – eau. Les périodes de tempêtes occasionnant les décrochages sont particulièrement propices aux dégradations des pâles et à la libération massive de perturbateurs endocriniens oestrogéno- mimétiques, de particules époxydes, de fibres de charges. 5
Même en automne-hiver, périodes où les sillages sont les moins longs, ils peuvent tout de même perturber les parcs voisins, d’autant plus que l’énergie cinétique turbulente est à son maximum annuel.

« L’effet de sillage » provoque une baisse de la moyenne annuelle de la production d’énergie de 22 % et jusqu’à 26 % de la moyenne saisonnière dans ce parc éolien en mer pour les directions de vents du Sud – Sud-Ouest qui dominent dans l’année.

En dehors des parcs, l’effet de sillage diminue progressivement avec l’augmentation de la distance au parc éolien producteur de « la dépression turbulente ». Même dans les « meilleures conditions » l’effet de sillage se fait sentir à 40 km sous le vent du parc éolien le produisant.

Akhtar écrit en 2021 ;
« Nos résultats soulignent que l’énergie éolienne en mer du Nord peut être considérée comme une ressource limitée. Avec les plans actuels d’installation de parcs éoliens offshore en mer du Nord, les limites d’exploitation des ressources locales sont atteintes. Une meilleure planification et optimisation des emplacements sont nécessaires pour tenir compte du développement des sillages du vent dans des conditions atmosphériques pluriannuelles réalistes ».

Cette citation parait de première importance dans son constat et ses conséquences pour le membre de l’AA qui m’a fourni l’ensemble des informations figurant dans cette note.

Akhtar (2021) poursuit ;
« En outre, les sillages atmosphériques peuvent induire des réponses océaniques en modifiant la rugosité de la surface de la mer, la stabilité atmosphérique et les flux de chaleur, et ont donc le potentiel d’influencer le climat local qui nécessite des recherches plus approfondies. »

Perturbation de la stratification thermique – saline – densité

Ce qui est surprenant, seulement au premier abord, est le lien qui s’établit entre l’effet de sillage et la modification majeure des échanges thermiques à l’interface Air – Eau et en profondeur particulièrement dans des secteurs peu profonds qui sont très sensibles au forçage atmosphérique ce qui est le cas en mer du Nord.

Nils Christiansen écrit en 2022 : « Bien que les changements qui se produisent restent dans la plage de variabilité interannuelle, ils illustrent des ampleurs similaires à celles des changements moyens présumés dus au changement climatique ou à la variabilité d’une année à l’autre ».

Cette égalité des changements « effet de sillage éolien » versus « changements moyens présumés dus au changement climatique » et le fait qu’ils puissent être aussi puissants que la variabilité inter-annuelle démontre leur capacité à avoir un impact local majeur (dans chaque parc et de 45 à 70 Km autour de chaque parc éolien en mer).

La multiplication des parcs, l’augmentation de la puissance des aérogénérateurs et de la longueur des pâles feront sans aucun doute passer les effets de sillage éoliens devant la variabilité interannuelle et les changements moyens présumés attribuables au changement climatique malgré leurs évolutions, devenant ainsi le facteur principal du « remodelage » énergétique local tant aéraulique et atmosphérique qu’au niveau de l’interface air – eau et qu’en profondeur allant jusqu’à un « effet de forçage benthique » dans les secteurs peu profonds. Cet effet benthique pouvant varier selon la nature des fonds marins.

Nils Christiansen confirme donc en 2022 ce qu’Akhtar écrivait en 2021.

Le second « effet de sillage », que nous n’avons pas évoqué jusque-là est une conséquence du premier. Il s’agit de la réduction du mélange turbulent air – eau du fait de la baisse du cisaillement du vent à cause de l’énergie cinétique turbulente générée lors du prélèvement de l’énergie cinétique du vent par les pâles des rotors. Cet effet de sillage « secondaire », consécutif au premier, a des impacts différents selon la saison et l’état de l’évolution annuelle et inter-annuelle de la stratification des masses d’eau superficielles en secteurs peu profonds.

En tout état de la cause, la présence des parcs éoliens se traduit par une perturbation de la stratification thermique – saline – densité, dans le temps et l’espace. C’est un point essentiel à retenir car c’est lui qui fait le lien, l’interface, entre les paramètres physiques « éoliens » et leurs influences et impacts biologiques sur l’écosystème sous-marin.

Comme l’écrit Nils Christiansen (2022) : « En d’autres termes, le mélange turbulent de la surface de l’eau provoqué par le cisaillement du vent est réduit à des dizaines de kilomètres autour du parc éolien. L’eau est généralement stratifiée, ainsi une couche d’eau plus chaude peut se trouver au-dessus d’une couche d’eau froide. Les parcs éoliens perturbent cette stratification naturelle. En raison du mélange réduit, une stratification stabilisée de l’eau est favorisée. Ce phénomène a été particulièrement marqué lors de la baisse de la stratification estivale. La stratification naturelle de l’eau est particulièrement importante en été et diminue vers l’automne. Dans la zone des parcs éoliens, cependant, une stratification stabilisée en dehors de la variation saisonnière a été mesurée. »

Nous n’évoquerons pas ici de possibles conséquences futures estivales et automnales de « l’accentuation et de la stabilisation de la stratification de masses d’eau » sur :

  • les dynamiques des populations phytoplanctoniques liées à des modifications de disponibilité des nutriments et leurs conséquences sur « les chaînes trophiques » (en particulier sur des successions de populations de copépodes Calanoïdes et Harpacticoïdes) dont la nutrition des Clupéidés et des Engraulidés.
  • les risques d’accentuation de multiplications d’ulvacées ou de micro-algues potentiellement toxiques dans des baies peu profondes « sous les vents dominants de champs éoliens » et « des deux effets de sillage » jusqu’à 35 à 70 km des parcs éoliens selon les conditions atmosphériques
  • les conséquences potentielles sur les cultures marines littorales quand elles sont sous les vents dominants de parcs éoliens situés et dans la zone d’influence des « effets de sillages ».
  • les opportunités que peuvent présenter ces situations de « stratifications éoliennes » inédites pour des espèces exotiques pouvant devenir invasives ou des espèces « locales » opportunistes.

Des binômes de biologistes de l’AA ont insisté fortement afin que je signale dans cette note leurs vives préoccupations des risques d’interactions et d’effets cumulatifs des « effets de sillage éoliens » et des « effets de récif, d’habitat, de réserve et de débordement » tout en discriminant proportionnellement les situations « intra » et extra-parcs » à courte, moyenne et longue distance.

Toutes ces problématiques interfaciques « effets physiques – impacts biologiques » pourront faire l’objet d’une note spécifique ultérieure.

Nils Christiansen conclut : « En fin de compte, les processus liés aux dipôles affectent le développement de la stratification dans le sud de la mer du Nord et indiquent un impact potentiel sur les processus de l’écosystème marin.

Dans la baie allemande, en particulier, nous observons un changement structurel à grande échelle dans la force de la stratification, qui finit par améliorer la stratification lors du déclin de la stratification estivale vers l’automne.

Les changements induits dans le flux vertical et latéral sont suffisamment forts pour influencer les courants résiduels et entraîner des modifications de la distribution de la température et de la salinité dans les zones d’exploitation des parcs éoliens.
Nous ajoutons que le fait que les éoliennes sont alignées provoque « un effet de sillage cumulatif » qui a des conséquences énergétiques majeures en terme de cinétique turbulente, de puissance des phénomènes de perte de cisaillement de l’interface air – eau, de l’augmentation de la stratification thermohaline et de la modification de la pycnocline. C’est donc bien le tryptique océanique majeur : « température – salinité – densité » qui est modifié par « les effets de sillages » des parcs éoliens en fonctionnement situés en secteurs peu profonds.
Cela ne signifie pas pour autant que des modifications et perturbations majeures ne pourront pas apparaître dans les parcs éoliens flottants et leurs sillages, même pour des fonds de 80 à 100 mètres, voire plus. Des conditions physiques diffèrent des « petits fonds » et des études spécifiques doivent être entreprises car il est impossible de « calquer » les effets et impacts déjà solidement constatés.

Comme l’écrit très justement Niels Christiansen : « En particulier, le développement de l’offshore en mer du Nord étant en croissance continue, les questions sur les conséquences environnementales de l’éolien offshore deviennent cruciales pour la recherche prospective ».

C’est à circonscrire et répondre à ces questions que devaient servir les trois projets pilotes éoliens flottants méditerranéens et celui de Groix – Belle Île. Leur suppression serait particulièrement malvenue du fait des découvertes progressives et successives récentes d’effets physiques et d’impacts biologiques majeurs des technologies éoliennes en mer.
N. Christiansen poursuit : « Broström (2008) a déjà discuté de l’impact des dipôles induits par le sillage sur le champ de température marine et la disponibilité régionale des nutriments connexes et a déclaré la nécessité d’enquêtes plus réalistes sur les mécanismes de forçage induits par le sillage ».

Conclusion

Nous constatons que bientôt quinze ans après, l’état des connaissances est toujours lacunaire alors que les impacts biologiques de la présence des parcs éoliens apparaissent majeurs sur les éléments de chaînes trophiques essentiels pour l’alimentation humaine dans un maelström associant intimement évolution climatique et effondrement de la biodiversité. Il relève d’obligations juridiques majeures des Etats et de contraintes légales et réglementaires imposées aux porteurs de projets que les études indispensables de levées de doutes soient effectuées avant même de décider légalement d’une loi d’accélération des ENR en tout cas pour ses effets et impacts EMR et à terre.

Un de nos membres Brestois nous a alertés sur des risques liés au développement massif de parcs photovoltaïques flottants en mer méditerranée qui vont « sortir des cartons » en 2023 – 2024 du fait des conséquences du contenu de la loi d’accélération des ENR et d’un futur décret d’application qui ne manquera pas d’être pris en Conseil d’Etat. En interne, il commence à travailler discrètement sur le sujet. Il y aura un « effet radeau » massif, sans commune mesure avec celui des Dispositifs Concentrateurs de Poissons (DCP) industriels que deux de nos membres ont étudiés. Ils espèrent que l’Etat français reculera du fait des fortes contraintes physiques et chimiques sur les panneaux photovoltaïques en mer. Les risques de pollutions chimiques sont majeurs. Ceux de champs électromagnétiques seront sournois.
Dans ces conditions de « Folie Energétique », le principe de précaution trouve toute sa force, sans illusion, malheureusement sur « sa force probante » dans la configuration « de pseudo-urgence » actuelle.

Le chargé de communication de l’Atelier Anonymus,
Chrystophe Grellier